Orphelins Sida International
« Le sida ne fait pas que des morts. Il fait aussi des orphelins »

14 novembre, 2008

Jeanne Gapiya Niyonzima : une femme, figure de proue du combat contre le VIH/Sida au Burundi

Jeanne Gapiya Niyonzima :

une figure de proue du combat contre le Sida au Burundi



Parrainant une Orpheline Chef de Ménage (OCM), je me suis intéressée à la lutte contre le VIH/Sida au Burundi. Au cours de mes recherches j'ai trouvé des articles concernant une femme extraordinaire : Jeanne Gapiya Niyonzima

voici donc son histoire :

Elle s'appelle Jeanne Gapiya Niyonzima et est du Burundi. Elle vit avec le VIH/Sida depuis maintenant 23 ans. Elle perdu son fils âgé de 18 mois en 1988, son premier mari en 1989, puis une de ses soeurs en 1990, comme si cela n'était pas suffisant, elle perdit son unique frère en 1992, tous emportés par le SIDA. Sa vie a donc été profondément marquée par le sida.

De cette terrible expérience est née la figure de proue du combat contre le sida au Burundi depuis 1995, lorsqu'elle osa braver les préjugés et la honte en avouant publiquement sa séropositivité alors que le sujet était encore tabou au Burundi, à une époque où les malades du SIDA et plus particulièrement les femmes étaient assimilés à la honte et qu'un tel aveu était une bravade surtout dans une église comme elle le fit alors.


citation extraite de son passage à Paris le 15 juin 2006 :

Mon fils est décédé à une époque où les traitements n’existaient pas encore. Mais combien d’enfants sont morts et meurent encore chaque jour depuis l’introduction des traitements anti-rétroviraux ? Combien d’enfants sont infectés chaque année à l’heure où la science et la technologie permettent de limiter considérablement la transmission du VIH de la mère à l’enfant ? Combien de mères qui, comme moi, éprouvent l’indicible douleur de voir leurs enfants mourir sous leurs yeux sans qu’ils puissent rien faire pour les sauver d’une mort atroce ? Des centaines de milliers au bas mot !


Jeanne Gapiya Niyonzima est devenue au cours de ces années un symbole mondial du combat contre les discriminations liées au sida et en faveur à l'accès généralisé aux traitements ARVs de pointe pour les plus pauvres mais également pour les enfants. Elle est la cofondatrice de l’Association nationale de soutien aux séropositifs et aux malades du SIDA (ANSS), dont le rôle est déterminant dans la défense des droits des personnes vivant avec le VIH.

En 1999, avec l'aide de l’ONG française SIDACTION, Jeanne Gapiya Niyonzima créé le centre Tirubo (qui signifie en Kirundi : "Nous sommes vivants") et qui fonctionne avec l'ANSS. Ce centre est aujourd'hui le principal lieu d'accueil, de dépistage, de délivrance de traitements ARVs du Burundi.


citation extraite de son passage à Paris le 15 juin 2006 :

Monsieur le Ministre, Distingués invités, Mesdames, Messieurs, Durant les premières années de ma lutte au Burundi, il fut un moment où je rendais souvent visite à des malades du sida, à l’hôpital ou à domicile. Je supportais tant bien que mal de voir des adultes souffrir mais je ne pouvais pas soutenir la vue d’un enfant souffrant. Avec le recul, je crois que cela me faisait revivre la longue et douloureuse agonie de mon enfant.


Ne pouvant plus voir des enfants naître pour mourrir, ou de voir ces enfants perdre brutalement leur enfance, Jeanne Gapiya Niyonzima décida de concentrer son énergie à la défense des orphelins du Sida. En 2003, il a été demandé à Jeanne Gapiya Niyonzima de coordonner le Projet Paris sida Sud, un projet de prise en charge globale d’orphelins qui ont perdu leurs parents à cause du sida. Couvrant trois associations - ANSS ; SWAA et APECOS- ce projet est financé par la Mairie de Paris à travers Sidaction. Ce projet répondait aux besoins essentiels d'environ 300 orphelins. Il leur assure frais de scolarité, fourniture scolaire, sécurité alimentaire, habillement, soins de santé dont les traitements ARVs.


citation extraite de son passage à Paris le 15 juin 2006 :

Aujourd’hui lors de mes missions de coordination, je rends visite à des enfants à l’hôpital et à domicile. Maintenant j’arrive à le faire parce que je sais qu’il y a de l’espoir pour eux. S’ils ont besoin de traitements même anti-rétroviraux, je sais qu’ils peuvent les obtenir à travers le projet. S’ils ont besoin d’aller à l’école, je sais que c’est possible à travers le projet. Je sais même qu’il donne aux enfants orphelins et souvent séropositifs l’occasion de jouer, de s’amuser, c’est-à-dire de rester simplement des enfants.


Jeanne Gapiya Niyonzima lance alors un appel à Paris le 15 juin 2006 :

"[...] Tous médecins, chercheurs, décideurs, activistes, associatifs, travailleurs sociaux, nous avons la responsabilité morale de travailler pour rendre le sourire aux enfants de la terre. En aidant les enfants, on reçoit bien plus qu’on ne donne. Là c’est mon expérience qui parle ! Aujourd’hui plus qu’hier, il est urgent de nous unir pour les enfants ; de nous unir contre le sida !"




La vidéo de l'intervention de Jeanne Gapiya
Publié sur OSI Bouaké le dimanche 1er octobre 2006
17Mo



Selon le Rapport ONUSIDA 2006 des progrès dans les pays, la situation épidémiologique du VIH/SIDA place le Burundi parmi les pays très touchés au monde au 16ème rang avec une séroprévalence nationale des plus de 15 ans de 6 % au début de l’année 2004 (rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 2004, ONUSIDA).

Les taux les plus élevés mais qui semblent se stabiliser depuis quelques années, s’observent dans les zones urbaine et semi-urbaine respectivement à 9,5% et 10,5%. En zone rurale où vivent 90% de la population, le taux relativement faible de 2,5% ne doit pas faire oublier sa progression fulgurante puisqu’il a triplé en dix ans.

Le Burundi compte environ 250.000 PVVS dont 220 000 adultes (15-49 ans) parmi lesquels 130 000 femmes.

Cette progression en zone rurale s’explique par les effets de la guerre comme les déplacements de population, le nombre important de veufs ou de veuves, la séparation de nombreux ménages, la paupérisation croissante de la population, l’augmentation des maladies sexuellement transmissibles et le faible accès aux moyens d’information et de communication.

La grande vulnérabilité de la femme par rapport au VIH est une réalité au Burundi avec une prévalence beaucoup plus élevée chez la femme dans tous les milieux même si elle est moins forte en milieu rural (13% chez les femmes et 5,5 % chez les hommes en zone urbaine, 10,5% chez les femmes et 6,8 % chez les hommes en zone semi urbaine, 2,9% chez les femmes et 2,1 % chez les hommes en zone rurale).

Cette grande vulnérabilité de la femme est liée à l’accès limité à l’information du fait d’un niveau bas d’instruction, les femmes sont économiquement dépendantes et culturellement soumises à leurs maris. Dans la situation de conflit les femmes sont exposée à la violence domestique ou non en particulier celle vivant dans les camps de déplacés ou de regroupement.

Selon l’ONUSIDA, le nombre de décès est de 25 000 en 2004 tandis que le nombre d’orphelins du fait du SIDA est estimé à 200 000.

Même si les orphelins sont accueillis dans des familles, le dénuement qui frappe la plupart des ménages, ils sont considérés comme une charge supplémentaire aggravant ainsi l’appauvrissement de la communauté. Ces orphelins se trouvent ainsi dans une situation de vulnérabilité dans les domaines de l’alimentation, les soins de santé et l’éducation dans la mesure où les familles tendent à veiller d’abord à leurs propres enfants déjà nombreux. Ces enfants ne reçoivent rien en héritage de leurs parents qui
meurent dans un état de détresse économique à cause de l’incapacité physique et des dépenses prohibitives en soins de santé.

Les données de surveillance biologique dans les sites sentinelles chez les femmes enceintes bien que irrégulières montrent une diminution progressive de la séroprévalence du VIH. Cela est en corrélation avec les données de l’enquête de séroprévalence de 2002 qui montrent un infléchissement de la courbe en milieu urbain et semi-urbain. Par contre la progression observé en milieu rural ne se manifeste au
niveau des sites sentinelles.



Sources :